Enquête (suite)

Cette enquête se situe dans une enquête à plus large échelle, menée dans 8 pays européens, auprès d’environ 10.000 agriculteurs, parmi lesquels 2.520 ont répondu. L’idée de l’enquête large est de recueillir l’opinion des agriculteurs sur des techniques de gestion de leurs sols (rotation, mode de travail du sol, gestion des résidus de récoltes, type de fertilisation, mode de gestion de l’eau et des prairies). L’enquête a porté sur 24 types différents, chaque type étant composé d’une zone agro-environnementale et d’un système de production.

Le questionnaire porte sur les attendus des agriculteurs de l’utilisation de gestion des sols, qu’ils les emploient (adoptants) ou pas (non-adoptants), sur des éléments de qualité chimique, physique ou biologique de leurs sols ou leur productivité, mais aussi sur le fonctionnement de l’exploitation, gestion des intrants, protection des cultures (modification des adventices, parasites, ravageurs, induite par la technique), ainsi que sur les aspects financiers (coûts, bénéfices attendus, existence de subventions), et les points de blocages techniques que peuvent rencontrer les agriculteurs. A partir des réponses des agriculteurs, nous avons identifié les leviers et barrières à l’adoption de ces techniques.

 

Trois techniques ont été comparées entre les pays partenaires, non-labour, techniques simplifiées et cultures intermédiaires. Parmi les nombreux résultats, l’originalité de l’enquête porte sur la perception des leviers et barrières différente selon que les agriculteurs mettent en place, ou pas, la technique en question. Ainsi, si certaines barrières et quelques leviers sont communs aux deux groupes, d’autres, plus nombreux, ne sont avancés comme des barrières que par les non-adoptants, ou comme leviers que par les adoptants. Ainsi en Belgique, les exploitations qui mettent en œuvre des techniques culturales simplifiées ont une meilleure perception de leur effet sur la réduction de l’érosion. De la même manière, en Espagne, certains agriculteurs non-adoptants vont mettre en avant des barrières liés au risque de mauvaise utilisation de la technique. Nos résultats montrent enfin que les adoptants se sentent plus stimulés par leur environnement social que les non adoptants, ce qui met bien en évidence le rôle de ce dernier, et surtout, suggère que les adoptants pourraient être de bons référents pour enseigner les techniques à leurs voisins.

 

En France, l’enquête a porté sur des exploitations de grandes cultures en Champagne Berrichonne (sur rendzine) et dans le Lauraguais (sur Cambisol) et des exploitations laitières dans l’est de la Bretagne (sur Cambisol et Luvisol). L’enquête a porté sur trois techniques, l’insertion de cultures intermédiaires pour couvrir les sols en hiver, le non labour et les techniques culturales simplifiées. Le taux de réponse est faible (136 réponses sur 1.200 exploitations contactées), mais nous avons néanmoins obtenu des résultats originaux.

Le premier élément porte sur les différences d’opinions entre adoptants et non-adoptants, relevée dans les autres pays, mais très nette en France, surtout sur le poste des coûts (qui n’a pas été développé dans les autres pays). Ainsi, les exploitants qui mettent en place des cultures intermédiaires considèrent que les surcouts liés aux herbicides sont beaucoup moins élevés que ce que les non-adoptants craignent. Nous avons également trouvé que les agriculteurs (du moins ceux qui nous ont répondu) sont réticents à augmenter les herbicides, indépendamment du coût ou du bénéfice que cela entraine. Pour les techniques culturales simplifiées, les deux groupes tombent d’accord que la technique diminue les coûts de carburants et de fertilisation, et augmente ceux d’herbicides, mais là où les non adoptants craignent une désorganisation du travail, les adoptants rapportent des améliorations en ce domaine.

 

Le second élément porte sur les modifications que l’emploi d’une technique peut induire, notamment sur l’assolement, le matériel employé, l’organisation du travail. Les techniques culturales simplifiées sont choisies dans certaines exploitations explicitement parce qu’elles limitent les pointes de travail. Dans les zones vulnérables, où les cultures intermédiaires sont obligatoires, les exploitations sont incitées à modifier leurs assolements pour éviter les surcoûts qu’elles induisent. Par ailleurs, selon la dépendance de l’agriculteur aux entreprises de travail agricole (pour la moisson surtout), la gestion à long terme de la compaction des sols peut nécessiter d’avoir double équipement, une charrue (et le tracteur puissant qui va avec) pour décompacter els parcelles une fois tous les 4-5 ans, et le matériel spécifique (et le tracteur moins puissant) pour les techniques simplifiées les autres années, ce qui augmente les amortissements. Enfin, contrairement à nos attentes, ce sont plus des problèmes de gestion des adventices ou des parasites des cultures qui sont déterminants dans les choix des agriculteurs que des éléments de coût.

 

Le troisième élément est, à notre surprise, le rôle de l’environnement social dans la décision d’adoption d’une technique. Quasiment tous les agriculteurs nous ont mentionné la réticence de leur environnement vis-à-vis des trois techniques et beaucoup soulèvent le manque de conseil indépendant en la matière. Dit différemment, les agriculteurs qui adoptent ces techniques le font contre l’avis de leurs proches et de leurs conseillers, et en l’absence de données fiables dans leur région sur les conséquences de ces techniques sur leurs sols ou l’environnement. C’est cette demande constante de références qui nous a donné l’idée de construire un outil pour les agriculteurs.

 

Rapport correspondant (en anglais)

Résumé des leviers et barrières (en anglais)

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